| Retour | The Old Dead Tree |
Vos albums sont une épreuve pour les journalistes pour réussir à trouver les mots justes afin de les décrire. Comment vous-mêmes les définiriez-vous ?
Je trouve que ta question est un compliment parce que ne pas pouvoir ranger un groupe dans telle ou telle catégorie ou ne pas pouvoir l’assimiler à tel ou tel autre groupe, c’est finalement un petit peu un des buts qu’on recherchait en tant que musiciens, dans la mesure où nos influences sont très larges. J’espère ne pas te bloquer en disant ça mais ça va de la musique pop au death metal. On ne s’est pas donné de limite, c’est vraiment assez large. On a nous-mêmes un peu de difficulté à nous ranger dans un style musical.
Ça se ressent sur vos deux albums où la palette des styles est très large.
Oui, même si on reste assimilés et influencés par toute la sphère metal. Parmi les groupes qu’on apprécie particulièrement, je pourrais te citer pêle-mêle Paradise Lost, Muse, Pink Floyd, In Flames, Machine Head, Slayer. C’est donc très vaste et pour ma part c’est My Dying Bride que je mets devant. Par contre les paroles nous ont assimilés à tout mouvement metal gothique. Aujourd’hui j’ai tendance à dire qu’on fait du dark metal mais je me trompe peut-être…
On a l’impression que vos morceaux vont au-delà de la musique, ils contiennent tellement d’émotions, c’est impressionnant, c’est plus du domaine du ressenti…
C’est exactement ça. En fait le premier album avait un concept très fort. Il a été composé et enregistré suite au suicide de notre premier batteur. Donc c’est vrai que cet album a tourné autour de cette question-là et de toutes les frustrations qui ont pu en découler sur nous-mêmes après la perte, non seulement d’un membre de notre groupe, mais aussi d’un ami.
Est-ce que l’album précédent a quelque part un peu servi de thérapie pour vous ?
C’est exactement dans cet esprit-là qu’il a été composé, notamment au point de vue des paroles dont Manuel s’occupe. Il s’est fait un peu l’apôtre de notre opinion à tous. C’est vrai que ça a été une forme de thérapie. Il s’est exprimé sur cette question du suicide d’un être cher et tout ce que cela peut impliquer en termes de frustration : ‘Est-ce que j’ai oublié de faire ça ? Est-ce que j’ai oublié de lui dire ça ? Est-ce que j’ai oublié de penser à ça à tel moment où l’autre disait ça ? Est-ce que j’ai toujours bien réagi ?’ Ce sont donc toutes ces questions qu’on se posait mais aussi de la colère par rapport à l’autre : ‘Pourquoi es-tu parti alors que tu as tes amis, ta famille, etc. ?’. Ce sont des questions qui ont suscité tout un travail de thérapie autour de cet album qui a fait suite à un événement dramatique.
Avez-vous eu peur à un moment donné de devoir composer un album suivant qui ne pouvait pas se baser sur le même thème ?
Je pense que ce premier album nous a permis de tourner un petit peu la page, sans oublier Fred notre premier batteur, là n’est pas le propos. On n’a pas voulu partir sur un nouveau concept pour ‘The Perpetual Motion’. Au niveau des paroles – puisqu’il s’agit de ça – Manuel écrit de façon un peu égoïste. Il se base sur des expériences personnelles, des choses qui lui sont propres. ‘The Perpetual Motion’ n’est pas à proprement parler un concept même si on retrouve trois grandes parties qui s’en dégagent.
Justement, j’allais y venir. Peux-tu donner la particularité de chacune de ces parties ?
Je ne suis pas la personne la mieux placée pour en parler puisqu’une fois encore c’est Manuel qui est responsable des paroles. Mais entre ‘The Nameless Disease’ et ce nouvel album, Manuel est devenu papa donc il y a beaucoup de réflexion sur le thème de la paternité. Mais il y a également d’autres choses dans cet album. Il y a aussi le fait qu’après le premier album, le groupe a grossi, a gagné en maturité, nous a pris de plus en plus de temps. Notre second batteur, Franck, qui était avec nous depuis un certain temps, a quitté le groupe parce qu’il a préféré se concentrer sur sa vie privée (mais on est restés en très bons termes !). C’est vrai qu’après ce premier album et le départ de Franck, on a connu un peu de tension comme au sein d’un couple bien qu’on soit quatre dans The Old Dead Tree. On est soudés par des liens amicaux très forts et les tensions qui sont nées entre nous n’ont pas forcément été faciles à gérer, faciles à vivre, ce qui a permis aussi à Manuel d’écrire là-dessus.
Vous avez retrouvé un autre batteur, peux-tu nous en parler ?
On a retrouvé un autre batteur qui s’appelle Foued Moukid. Après le départ de Franck on a eu pas mal d’offres, dont deux des États-Unis. On voulait quelqu’un avec qui il se passait quelque chose, premièrement musicalement parlant, mais aussi sur le plan humain. S’il n’y a pas d’entente humaine, ça ne marche pas. On ne peut pas travailler à distance et s’envoyer des bandes. Il faut un contact, un rapport privilégié entre chacun des membres du groupe sinon The Old Dead Tree ne peut pas fonctionner. On a rencontré Foued il y a un an qui a un passé dans le metal extrême et qui cherchait à élargir un petit peu ses horizons. Dès la première rencontre, musicalement et humainement, ça a pris donc je pense que c’est la bonne personne, j’en suis sûr même.
Pour revenir à votre nouvel album, vous avez intégré des samples comme un bruit d’eau, sorte d’engloutissement aquatique, sur ‘Unrelenting’ ou d’autres samples sur ‘What Else Could We’ve Said ?’. Un piano vient également s’immiscer sur le titre ‘Everyday Life’. Comment sont venus ces ajouts ?
Je pense qu’on s’est encore un petit peu élargis par rapport au premier album dans la mesure où on a des morceaux qui sont plus violents et en même temps des parties plus mélodiques ou basées sur les ambiances. On a poussé un petit peu plus dans des directions opposées. Je pense que ces morceaux sont plus matures que sur le premier album.
Au niveau de leur construction ?
Au niveau de leur construction et de leurs arrangements, notamment certaines harmonies de guitare ou le travail des ambiances avec l’ajout de samples. On n’a pas recherché la perfection à tout-va mais on a placé en avant l’émotion. Notre producteur, Andy Classen, a laissé passer quelques imperfections au niveau du chant, ce qui n’était pas le cas sur le premier album mais qui en l’occurrence servaient d’émotion.
En parlant d’Andy Classen et de perfection, il a dit de votre nouvel album que vous aviez justement atteint cette perfection et il n’est pas le seul à penser autant de bien de cette production, beaucoup de critiques sont élogieuses. Est-ce parfois difficile pour vous de rester objectif après tant d’enthousiasme ?
Il est toujours difficile de juger son propre travail et de prendre le recul suffisant dessus. On garde la tête froide. C’est vrai qu’Andy Classen a été très emballé par les nouveaux morceaux, tant mieux ! Effectivement, il y a un très bon accueil. On est un petit peu étonnés d’entendre une critique assez unanime pour l’instant. On a la sensation d’avoir fait le meilleur de ce qu’on pouvait faire à un moment donné. Je ne peux pas t’en dire plus, on est très contents de cet album. Pour ma part j’en suis encore plus satisfait que l’album précédent.
C’est un peu dans la suite logique des choses, je pense que les erreurs commises sur le précédent album n’ont pas été refaites. Ça vous a servi très certainement !
Ça nous a servi. Et concernant l’accueil que les médias spécialisés réservent à ‘The Perpetual Motion’, on en est contents et j’espère qu’on garde la tête froide.
Il y a un titre qui m’a interpellée sur le nouvel album, il s’agit de ‘1. 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8.’, et même si ce n’est pas toi qui écris les paroles, peux-tu nous éclairer sur ce titre énigmatique ?
Je ne préfère pas m’avancer sur les paroles mais pour moi c’est aussi un titre spécial d’un point de vue musical car au niveau des arrangements, on a fait un morceau qu’on n’avait pas trop l’habitude de composer avec beaucoup de travail basse / batterie, la dynamique entre les deux. C’est un morceau assez rythmé, il a un petit groove comme on dit (rires), sans vouloir usurper le terme ! Mais pour les paroles, je ne veux vraiment pas interférer sur ce que pourrait en dire Manu !
Pas de problème, par contre peux-tu nous expliquer la pochette, est-ce la vision que vous avez de notre monde ? Essayez-vous de faire passer le message que les pays industrialisés mèneront le monde à sa perte, ensevelis sous les cendres et la grisaille ? Ou serait-ce en souvenir du 11 septembre ?
En premier lieu, j’aimerais juste te dire que je ne pense pas qu’à un quelconque moment The Old Dead Tree ait composé des chansons qui comportaient un message négatif. Mais en ce qui concerne la pochette, elle a été réalisée par Jérôme Cross, un graphiste dont on apprécie le travail et qui a notamment fait les pochettes de groupes comme Penumbra ou The Crest qui sont aussi sur Season Of Mist. On voulait un décor urbain donc on lui a demandé de travailler là-dessus.
Ce qui contraste aussi avec la pochette de ‘The Nameless Disease’ qui était plutôt axée sur la nature puisqu’on y voit un arbre.
Voilà ! Sur la première pochette, on tenait à la représentation de l’arbre. Ici on voit moins l’arbre même si on a quelques branchages qui s’avancent vers la ville tout en bas de la pochette. Cette couverture joue sur l’image de la ville qui symbolise plutôt par son essence la vie, le mouvement continu (ndr : ‘The Perpetual Motion’ titre de l’album pour les retardataires !) et la froideur de la ville représentée sur la pochette. Il y a donc une opposition entre les deux. Mais si tu regardes, derrière les tours il y a quand même une lumière…
C’est l’espoir au bout du tunnel ?
C’est un peu ça. Après chacun peut s’en faire sa propre interprétation car c’est subjectif mais on essaie dans l’artwork de réaliser un parallèle avec notre musique en essayant de jouer sur les oppositions. Sur le premier album, c’était ça. Il y avait l’arbre mort mais quand tu regardais sur l’arbre…
Il y avait quelqu’un, un être humain à l’intérieur.
Oui et quelques feuillages. Tu avais aussi un oiseau, donc une couleur qui relevait.
Vous allez faire la première partie de la tournée d’Epica, comment l’avez-vous obtenue ?
On a eu la chance après la sortie de ‘The Nameless Disease’ de pouvoir tourner en compagnie de groupes comme Katatonia, Opeth ou Paradise Lost. Ce sont des gens avec qui on a beaucoup appris et avec qui on a de bons rapports. Cela nous a aussi permis de jouir d’une exposition dont on n’aurait sûrement pas bénéficié en tournant tout seul. Pour Epica, on avait déjà joué avec eux et Mark Jansen, guitariste et principal compositeur, avait pas mal apprécié notre musique. Par la suite, des contacts se sont liés entre lui, le groupe et notre tour manager et on a eu l’idée de monter ces dates avec eux.
Penses-tu que leur public rejoint le vôtre ?
Je pense, oui, car ils ont un public qui est quand même assez large. De plus, ils rencontrent un énorme succès. On revient de Hollande et là-bas, Epica, c’est quasiment mainstream ! Leur public n’est pas restreint, à mon sens, à la seule étiquette du metal symphonique ou du metal gothique.
Finalement Epica et vous avez un peu le même parcours car vous avez deux albums chacun et au bout du premier seulement il y a eu une explosion et une reconnaissance du public, c’est assez intéressant. Vous avez réussi quelque part à vous faire connaître avec un seul album.
Eh bien merci pour la remarque ! Je pense que ça peut faire une belle affiche, je pense qu’on est complémentaires.
Sais-tu que vous allez faire des jaloux à pouvoir côtoyer la belle Simone (chanteuse d’Epica) !!!
Ah, je ne sais pas (rires) ! Il est vrai qu’elle opère un certain magnétisme sur une partie du public ! Mais on restera concentrés (rires) !
L’accent est souvent mis sur la voix de Manuel par les journalistes, n’avez-vous pas l’impression des fois d’être relégués au second plan en tant que musiciens ?
Non, je ne pense pas. Il est vrai que l’identité du groupe est rattachée – je pense que c’est normal, c’est souvent le cas – à la personnalité de son chanteur qui est souvent propulsé au rang de leader. Je pense que Manu tient très bien ce rôle, avec beaucoup de modestie et de simplicité. Mais je pense que l’identité du groupe est également basée sur le travail de composition au niveau musical. Nicolas, notre guitariste, a pris beaucoup d’importance dans le processus de composition du second album. Mais je pense que The Old Dead Tree est un tout même si de toute façon le chant est toujours mis en avant. On a la chance de bénéficier d’un chanteur que je trouve extraordinaire… mais il ne m’entend pas là (rires) ! En tout cas son chant et la musique vont bien ensemble et se fondent bien dans l’identité du groupe.
Peux-tu revenir sur le processus de composition du groupe ?
Au niveau de la musique, sur le premier album, Manu était responsable de la majorité des compositions. Sur le deuxième, par contre, Nicolas est responsable des idées principales de composition à la même hauteur que Manu. Ensuite, tout le travail des arrangements, de la construction des lignes de basse et de batterie est réalisé en groupe. On essaie d’être démocratique donc dès qu’une idée ne plaît pas à un des membres, elle est jetée.
Le mot de la fin est pour toi…
Déjà merci pour ton soutien et celui de tes lecteurs. On est contents de venir jouer en Suisse (le 5 novembre au Z7) car ce sera la première fois pour nous. On est très heureux de ce qui nous arrive car notre label est très impliqué dans la promotion de ‘The Perpetual Motion’. Ils nous disent qu’on est devenus leur priorité ! Season Of Mist fait un très très bon travail. Les retours sur l’album sont très satisfaisants et la tournée avec Epica va nous permettre d’enfoncer le clou et de défendre cet album comme il le mérite.
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